Fruits de passions

Fruits de passions

Esprits et créatures surnaturels du folklore japonais

Cliquez ici



Petit sanctuaire shinto

 

Si vous êtes fan de mangas ou de dessins animés japonais, vous avez forcément déjà croisé la route de ces étranges créatures que l'on nomme kamis, yokais et autres yureis.

 

Qui sont-elles ? Patience; commençons par le commencement, et replaçons ces mystérieuses créatures dans leur contexte.

Le folklore japonais est principalement issu du Shintoïsme et du Bouddhisme. Certains contes proviennent de pays étrangers, comme la Chine, la Corée, l'Inde ou l'Asie du Sud-Est et ont été adaptés en fonction des spécificités culturelles du Japon.

La religion la plus ancienne du Japon est le Shintoïsme, auquel s'est ajouté le Bouddhisme à partir du VIe siècle ap. JC. Comme toutes les religions polythéistes traditionnelles, le shintoïsme mêle animisme, une croyance qui considère que chaque chose possède un esprit, et culte des ancêtres. Les mythes shintoïstes, nés dans des cultures orales, ont été compilés au début du VIIIe siècle dans deux recueils : le Kojiki (712) et le Nihon Shoki (720).

Au Japon, il existe aussi de nombreux contes d'origine bouddhiste. Un trait remarquable de la civilisation japonaise est qu'elle s'est en grande partie construite sur un syncrétisme opéré entre le Shintoïsme et le Bouddhisme. D'ailleurs, les Japonais se réclament souvent de ces deux religions, toujours sous une forme syncrétique.

 

Selon le folklore japonais, le monde, où sacré et profane sont indissociables, serait donc rempli d'esprits et de créatures surnaturelles, certains puissants, d'autres modestes, mais partageant tous une certaine susceptibilité! Qui sait si vous n'êtes pas en train d'en offenser un, vous qui êtes là, en train de mâcher distraitement un sandwich devant votre ordi. Dans ce cas, gare au tatari qu'il vous réserve!


 

TYPOLOGIE

 

Les êtres surnaturels du folkore japonais pourraient être classés dans diverses catégories. Cependant, il me semble difficile de dresser une typologie rigoureuse, puisque les catégories, assez floues, ont tendance à se recouper. Après tout, ces croyances, nées dans des cultures orales et parfois très locales, n'intègrent pas un corps de doctrine unifié et cohérent, à l'inverse de religions comme le Christianisme, le judaïsme ou l'Islam.

 

 

Les kamis

 

Littéralement, kami signifie "être d'un lieu supérieur". Il s'agit du principe de vie existant dans toutes les choses animées ou inanimées. Par extension, kami désigne tout esprit ou divinité shintoïstes. Il y en aurait 8 millions, un chiffre qui, pour les Japonais, désigne l'infini. Il y aurait donc une infinité de kamis, un pour chaque chose qui existe. Les kamis ne sont ni transcendants, ni tout-puissants comme Dieu, tel qu'il est vu par les religions monothéistes. Ils s'attachent à des lieux (chute d'eau, montagne, etc), des objets, des phénomènes naturels, des végétaux, des animaux, des humains, et même des symboles et des concepts (la fertilité, par exemple).

 

Dotés d'un caractère ambigu, comme la nature elle-même, les kamis, même les meilleurs, sont tous habités d'un esprit de violence (arami-tama), qui peut se réveiller dès que l'on transgresse certaines limites vis-à-vis d'eux (tsumi). Dans ce cas, l'impudent est automatiquement puni d'une malédiction (tatari), dont il ne peut se débarrasser qu'après certains rites de purification.

 

Les kamis les plus connus sont Izanami et Izanagi, le premier couple humain, Amaterasu, déesse du soleil, ou son frère Susanoo, dieu des tempêtes.

L'empereur du Japon était lui-même considéré comme un kami et comme un descendant direct d'Amaterasu. Il a renoncé à son ascendance divine après 1945, sous la pression des Américains.

D'autres divinités sont bien plus humbles, puisqu'il existe des kamis du peigne, du crachat et même des excréments. Et attention à ne pas les offenser : les plus petits sont souvent les plus susceptibles!

 

Amaterasu

 

Les divinités étrangères sont également considérées comme des kamis, tel Bouddha, par exemple. Cette souplesse est d'ailleurs un autre dénominateur commun des religions traditionnelles polythéistes, qui intègrent sans mal des divinités étrangères à leur panthéon. C'est ainsi que le culte d'Isis, de Mithra et d'autres divinités étrangères était très populaire parmi les Romains et que des rois scandinaves ont intégré Jésus dans le panthéon de leurs dieux païens.

 

 

Les yokaïs

 

Les yokaïs sont des êtres ou des phénomènes qualifiés d'étranges, mystérieux ou sinistres. Ils sont parfois appelés mononoke ("chose étrange"). D'origine incertaine, ils sont présentés à la fin du XIe siècle dans le Konjaku monogatari, un recueil de légendes et d'évènements historiques de l'ancien Japon. Il est parfois difficile de les distinguer des kamis. D'ailleurs, certains d'entre eux, comme le tengu (sorte d'homme-oiseau monstrueux), sont vénérés en tant que kamis. A l'instar de ces derniers, le caractère des yokaïs est souvent ambigu, bien que certains soient maléfiques.

 

Yokaï est un terme assez flou, et englobe à peu près tout monstre ou être surnaturel. Parmi les yokaï, on trouve :

 

  • des animaux métamorphes et dotés d'autres pouvoirs étranges, comme le renard (Kitsune), le chien viverrin (tanuki, en japonais, un canidé ressemblant au raton-laveur) ou le chat (bakeneko).

Statue de tanuki

  • les onis, sorte de démons à la peau rouge, à la tête surmontée de cornes et souvent vêtus d'une peau de tigre. Ils sont armés d'une sorte de gourdin de fer ou d'une épée.

 

  • les tsukumogami, des objets ménagers devenus vivants le jour de leur centième anniversaire. Cela comprend des jarres, des théières, des balais, des parapluies, etc.

 

  • des humains transformés en monstres, comme les rokuro-kubi, dont le cou s'allonge démesurément pendant la nuit ou les futakuchi-onna, des femmes possédant une seconde bouche monstrueuse derrière la tête. Ces monstres sont souvent indétectables, et ne révèlent leur véritable apparence qu'au dernier moment... trop tard pour les victimes. Je trouve que ces monstres rappellent nos loups-garous et autres vampires bien de chez nous.

 

  • Les yureis ou fantômes. Ces esprits sont des revenants, dont les rites d'inhumation ont été mal conduits, qui ont connu une mort violente ou qui ont laissé de fortes émotions derrière eux (grande jalousie, immense chagrin, désir de vengeance, etc). Dès lors, ces esprits hantent notre monde, tant que le problème qui les y retient n'est pas réglé. Il existe des yureis de diverses sortes (femme morte pendant l'accouchement, samuraï tué au combat, noyé, fantôme vengeur, femme séductrice, etc).  La représentation la plus courante du yurei est la suivante : vêtement blanc, morceau de tissu triangulaire sur le front, longs cheveux noirs, absence de pieds, présence de petites flammes bleues flottant autour d'eux.

Yurei

 

LE FOLKLORE JAPONAIS DANS LA CULTURE CONTEMPORAINE

 

Tout ce bestiaire est présent dans l'ensemble des manifestations de la culture japonaise contemporaine.

 

Kamis et yokaïs sont évidemment des personnages réccurrents de mangas ou d'animés japonais.

 

Ainsi, ils jouent toujours un grand rôle dans les dessins animés issus du studio Ghibli et réalisés par Hayao Miyazaki ou par ses collaborateurs.

Citons quelques exemples :

 

  • Le voyage de Chihiro raconte l'histoire d'une petite fille qui, pour avoir transgressé le domaine des yokais, est condamnée à y rester prisonnière. Ses parents sont transformés en cochons pour avoir mangé la nourriture des yokais par inadvertance (tatari).

Le voyage de Chihiro

  • Pompoko met en scène les fameux tanuki (chiens viverrins), qui, en utilisant leur pouvoir de métamorphose, cherchent à effrayer les humains venus bétonner leurs collines et leurs forêts. Des kitsune, ou renards métamorphes jouent également un rôle dans ce film.

 

  • Dans Princesse Mononoke, on voit comment les humains, par leur comportement irresponsable et irrespectueux, provoquent la colère du kami de la forêt avoisinante, ainsi que des kamis de loups et de sangliers.

 

  • Le Royaume des chats (titre original : La reconnaissance du chat), quant à lui, a pour vedettes les bakeneko, ou monstres-chats. L'histoire débute avec le sauvetage d'un chat par une jeune adolescente. Or, ce chat n'est autre que le fils du roi des bakeneko, qui s'empresse de montrer sa reconnaissance à cette fille... d'une façon quelque peu maladroite et envahissante! Je me demande si ce film n'est pas inspiré d'un conte japonais très connu : La reconnaissance du renard.

Le royaume des chats

 

Les mangas foisonnent également de kamis et de yokaïs :

 

  • dans ranma 1/2, on voit Ryoga assommer Ranma avec une statue de tanuki. A certains moments, Ranma est confronté à des yureis et à des yokais. Le moment le plus drôle est quand il est obligé de combattre un énorme bakeneko blanc, alors qu'il a une peur panique des chats!

 

  • dans Dragon ball, Enma, un immense oni (démon à peau rouge) en costume-cravate reçoit à son bureau les âmes des morts pour, après étude de leur dossier, les envoyer en enfer ou au paradis.

 

Dans les villes et dans les campagnes, on trouve beaucoup de petits sanctuaires et d'autels consacrés à des kamis.

 

Autel mêlant Bouddha à des divinités shintos - ville de Kamakura

 

Détail de la photo précédente

 

Pour conclure, une petite histoire vraie, celle du chien hachiko.

En 1924, un professeur d'université achète un chien, qu'il nomme Hachiko. Tous les jours, le chien accompagne son maître à la gare de Shibuya (Tokyo) et y revient le soir pour l'attendre à son retour du travail. Un jour, en 1925, l'homme meurt à son travail. Pendant les 10 ans qui suivent et jusqu'à sa mort, Hachiko se rend tous les jours à la gare pour attendre le retour de son maître. Ce chien finit par être connu des habitués de la gare, qui lui donnent souvent à manger. Un ancien étudiant du maître d'Hachiko écrit un article de journal, qui rend le chien célèbre dans tout le pays.

Actuellement, il existe une statue d'Hachiko devant une sortie de la gare de Shibuya. Tous les ans, le 8 avril, a lieu une cérémonie solennelle devant la statue pour honorer la mémoire d'Hachiko. Il existe même un sanctuaire dédié à Hachiko dans la gare d'Odate, sa ville natale.

Peut-être que je m'avance un peu trop, mais je serais prêt à parier qu'Hachiko est considéré par les Japonais comme un kami de la loyauté.

Cela montrerait combien, malgré la modernité galopante, les croyances ancestrales des Japonais restent profondément enracinées, et à quel point le surnaturel fait corps avec la banalité de la vie quotidienne.

 

Statue d'Hachiko - gare de Shibuya (Tokyo)

 

Merci de m'avoir lu. De prochains articles seront consacrés à des yokai ou à des kami en particulier.

 

 

Contrat Creative Commons

 Le contenu de Fruits de passions by Guillaume Humblot est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Paternité - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 3.0 Unported.



10/04/2011
3 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Ces blogs de Voyages & tourisme pourraient vous intéresser

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 7 autres membres