Fruits de passions

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La marine et la stratégie navale soviétiques entre 1945 et 1953 (partie 2)

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SITUATION EN 1945
 
Croiseur Kalinin de classe Kirov en 1945
 

Première partie de cet article : ICI

 

Au lendemain de la guerre, la marine de guerre soviétique est dans un triste état. Par rapport à 1941, elle est en effet réduite de moitié.

Ses forces sont avant tout composées de croiseurs, de bâtiments légers (destroyers, mouilleurs de mines…) et de sous-marins, ses quelques cuirassés étant des unités datant de l’époque tsariste. Elle ne comporte que six croiseurs, 33 destroyers et 78 sous-marins modernes. De plus, une partie des bâtiments de guerre soviétiques sont en fait des unités américaines et anglaises obtenues pendant le conflit dans le cadre de la loi prêt-bail, ainsi que des unités des pays de l’axe octroyées à l’URSS après la guerre.

Les forces navales soviétiques ne forment donc pas du tout un ensemble cohérent.

Par ailleurs, l’aéronautique navale est assez peu développée. Elle n’a pas d’appareils d’exploration et se limite à l’aviation de surveillance, de lutte contre les sous-marins et de torpillage.

La marine de guerre soviétique n’a pas de porte-avions ; ses forces aéro-navales sont exclusivement basées sur les côtes soviétiques et n’ont donc qu’un faible rayon d’action au large de ces côtes.

De plus, le niveau d'entraînement et de compétence du personnel de la marine, est d’un niveau encore assez faible.

Enfin, l’infrastructure industrielle nécessaire pour entretenir et développer cette marine (chantiers de réparation et de construction de la mer Noire et de la Baltique) est insuffisante du fait des destructions occasionnées lors du conflit.

 

En revanche, avec sa victoire contre l’Allemagne et ses alliés en 1945, l’URSS obtient des gains territoriaux qui améliorent sa situation géostratégique sur le plan naval.

Dans la Baltique, l’acquisition de la Carélie et des Etats baltes renforce la protection de Léningrad. Par ailleurs, l’occupation de l’Europe orientale et de l’Est de l’Allemagne par l’Armée rouge permet le contrôle de la côte méridionale de la Baltique par les Soviétiques et un accès à l’Adriatique.

Au Nord, l’acquisition de la région de Petsamo assure une meilleure protection du port de Mourmansk, constamment bombardé durant la guerre.

Au Sud, la transformation de la Roumanie et de la Bulgarie en Etats clients de l’URSS, lui donne le contrôle d’une grande partie de la mer Noire et la possibilité d’y avoir donc une suprématie navale incontestable.

Enfin, à l’Est, l’acquisition des îles Kouriles et du Sud de l’île de Sakhaline au détriment du Japon transfome la mer D’Okhotsk en lac soviétique.

Néanmoins, il faut bien remarquer que tous ces acquis ne font que renforcer les capacités de défense maritime de l’URSS, et ne lui donnent toujours pas un accès à la mer libre. En effet, les détroits danois, ceux de la mer Noire et ceux de la mer du Japon restent contrôlés respectivement par le Danemark, la Turquie et le Japon.

En outre, l’acquisition de nouvelles côtes maritimes fait que les bases navales soviétiques existantes, trop en retrait par rapport à ces côtes, deviennent pour la plupart inadéquates.

Néanmoins, la conquête de l’Est de l’Allemagne par l’Armée rouge a permis à l’Union soviétique de s’attacher le « concours » de nombreux spécialistes allemands dans le domaine naval, et en particulier, dans celui des sous-marins. Etant donné le retard technique de l’URSS dans la construction navale, ce fait est d’importance.

 

 

PLANS DE DEVELOPPEMENT DE LA MARINE SOVIETIQUE

 

 

Affiche de propagande

 

 Alors que leur marine de guerre souffre de graves lacunes, tant au niveau de sa flotte qu’à celui de ses bases, les Soviétiques doivent affronter la nouvelle menace représentée par la marine américaine. Celle-ci, la meilleure au monde, s’est brillamment illustrée dans le Pacifique face à celle du Japon. De quelle manière les Soviétiques ont-ils essayé de contrer ce nouveau danger ? En 1945, Staline lance le mot d’ordre : « notre peuple va créer pour la flotte de nouveaux bâtiments de guerre et de nouvelles bases ». A partir de ce mot d’ordre, nous verrons de quelle façon les Soviétiques ont orienté le développement de leur flotte et comment ils ont essayé de faciliter son déploiement à travers les mers.

 

Lorsque l’on aborde la question du développement de la marine de guerre soviétique, on se heurte au problème de l’orientation de ce développement. Le pouvoir soviétique a-t-il privilégié la tradition de la « jeune école » ou celle de la « vieille école » du haut-commandement de sa marine ?


Déjà, en 1944, avant même la fin de la guerre, la marine élabore le projet d’un programme naval de dix ans prévoyant la construction de  quatre cuirassés, 94 croiseurs, 12 porte-avions, 357 destroyers, et 495 sous-marins de toutes tailles. Ce plan, dans la suite de celui des années trente vise la constitution d’une flotte océanique. Est-ce à dire que la direction soviétique se rallie aux idées de la vieille école, qui considère qu'une marine doit rechercher la maîtrise des mers ?

En fait, au lendemain de la guerre en 1945, la préoccupation guidant le développement naval de l’URSS, est plutôt de dissuader les anglo-américains d’effectuer un débarquement sur les côtes de l’URSS. Il faut rappeler que le souvenir des débarquements alliés en Russie durant la guerre civile (auquel s’ajoute celui des débarquements américains dans le Pacifique, en Afrique et en Europe) est toujours vivace dans l’esprit des Soviétiques.

Pour remédier à ce danger, ils lancent en 1945 un programme de vingt ans qui doit leur permettre de disposer d’une grande flotte océanique comportant des navires de toutes tailles. Ce programme, prévoit la construction de 35 à 40 croiseurs lourds et légers, 200 destroyers, 1200 sous-marins (en majorité de moyenne et de petite taille) et deux porte-avions*.

En raison de l’orientation de l’industrie vers la reconstruction après la guerre, la première phase de ce plan, qui s’achève en 1950, vise en priorité à terminer la construction des unités commencées avant et pendant le conflit, à moderniser ces unités (par l’adjonction de radars, sonars…) et à réparer les bâtiments endommagés.

La phase suivante doit permettre la constitution d’une flotte océanique avec la construction de 24 croiseurs, 120 destroyers et 400 sous-marins. Cette flotte devait, en constituant trois lignes de défense, empêcher tout débarquement ennemi en URSS.

La dernière phase du plan, qui devait commencer vers 1958, avait pour but de doter enfin l’URSS, à côté d’une flotte anti-amphibie, d’une flotte de haute mer capable de jouer un rôle politique à l’échelle mondiale.

Néanmoins, il est difficile de savoir, si à long terme, les Soviétiques auraient adopté pleinement la stratégie Mahanienne de la maîtrise des océans. Cette phase du plan prévoyait la mise en chantier de porte-avions, de croiseurs lourds et de sous-marins nucléaires. Ce plan n’a pas survécu à la mort de Staline. Voulant faire des économies afin de doter l’URSS de missiles balistiques, Khrouchtchev impose l’abandon de la construction d’une marine de surface océanique au profit du développement de l'arme sous-marine, qui devient l'ossature des forces navales soviétiques.

En définitive,  Pour les Soviétiques, une flotte océanique, constituée de tous types de navires, lourds et légers, doit d’abord servir à contrer un débarquement capitaliste et a donc une orientation essentiellement défensive. Cette conception soviétique de l’emploi de la marine correspond donc plus à la synthèse des idées de la « vieille école » et de la « jeune école » qu’à un choix tranché pour l’une d’elles.

 

 

EVOLUTION DES FORCES NAVALES SOVIETIQUES (1945-1953)

 

Après avoir étudié les plans de développement naval, il nous faut voir quelles ont été leurs réalisations de 1945 à 1953 et ainsi, saisir quel est l’aspect général de la marine soviétique pendant cette période. De 1945 à 1950, sa physionomie évolue peu, le plan prévoyant peu de constructions neuves durant cette période. La flotte de surface, qui obtient peu de bâtiments, reste faible. Par exemple, seulement sept croiseurs, commencés avant la guerre, et donc, de conception déjà ancienne, sont achevés en 1950. En fait, ce sont surtout la flotte sous-marine, l’aéronautique navale et les moyens défensifs (mines, artillerie de côte…) qui connaissent le plus grand développement. Cependant, la majorité des sous-marins construits ou achevés dans l’immédiate après-guerre sont des modèles anciens et non pas des modèles dérivés des sous-marins allemands. En 1950, le nombre total de sous-marins soviétiques est de 180.

Quant à l’aéronavale si son matériel s’améliore quantitativement (elle compte 2000 appareils en 1949) et qualitativement avec l’apparition d’avions à réaction, elle reste cantonnée à la défense des côtes, du fait de l’absence de porte-avions. Un autre problème de la marine soviétique est le faible niveau technique de son personnel (600 000 hommes). Tant dans les troupes à terre (dans les chantiers navals et dans l’artillerie côtière) que dans celles qui sont embarquées, il n’y a pas assez de spécialistes qualifiés. Quant au niveau des officiers, le constat est le même.

 Dès 1950, les constructions s’intensifient, renforçant à la fois la flotte de surface et la flotte sous-marine. Ainsi, 6 croiseurs et 50 destroyers modernes sont construits de 1950 à 1953. La flotte sous-marine s’enrichit d’unités dérivées de la technique allemande, même si son accroissement est encore lent en 1950. En fait, cette flotte sous-marine conserve deux handicaps importants : d’une part, elle garde une forte proportion de sous-marins anciens, et d’autre part, les constructions en cours concernent surtout des sous-marins de petite et de moyenne taille, destinés à défendre les côtes soviétiques. Elle compte donc peu de grands sous-marins à long rayon d’action capables d’attaquer les lignes maritimes ennemies.

Au total, en 1953, un tiers du progamme naval de Staline, adopté en 1945,  a été réalisé. 23 croiseurs, 71 destroyers et 317 sous-marins ont été mis en chantier en huit ans. La plupart des unités achevées ont commencées a être équipées de radars, un domaine dans lequel l’URSS était encore en retard en 1947. Cependant, si, globalement, cette marine se renforce, elle est toujours étroitement liée à la terre et ne peut, en l’absence de porte-avions et d'un nombre suffisant de sous-marins à long rayon d’action, qu’être efficace à proximité de ses côtes et de ses bases, où elle peut être appuyée par une bonne artillerie côtière et par l’aéronavale, qui reste basée à terre.

 

 

LA POLITIQUE DE BASES NAVALES DE L'URSS (1945-1953)

 

 

En même temps qu’elle développe sa marine de guerre, l’URSS cherche à surmonter les handicaps géographiques qui empêchent cette force navale de se déployer et de se concentrer sur un quelconque théâtre d’opérations. Dans ce but, elle reprend sa politique de bases navales, amorcée bien avant la guerre, et tente, selon une tradition datant de l’époque des tsars, d’obtenir un accès vers les mers libres.

Pour assurer à la marine un soutien logistique efficace et pour lui permettre d’élargir son champ d’action, les Soviétiques doivent, d’une part, réparer les bases navales endommagées pendant la guerre et en établir de nouvelles sur les côtes nouvellement acquises, et d’autre part continuer à développer les communications intérieures entre ces bases.

Ainsi, celles de la Mer Noire, comme par exemple Sébastopol, sont remises en état.

En outre, les Soviétiques utilisent et développent les bases navales de la Roumanie (Constantza par exemple) et celles de la Bulgarie. Une flotille soviétique, établie à Ismaïl sur le Danube, étend l’influence de l’URSS dans les Balkans jusqu’en Yougoslavie.

Dans la Baltique, les Soviétiques s’acharnent à agrandir rapidement leur port de koenigsberg, obtenu après la guerre au détriment de l’Allemagne, ainsi que ceux de leurs alliés polonais (Kolberg, Swinemunde, et Stettin).

Tallinn, en Estonie, connaît également un grand essor et devient même la base principale de la flotte de la Baltique.

Dans la zone Pacifique, on observe un glissement du centre de gravité de la défense soviétique de Vladivostok, trop vulnérable face aux bases américaines du Japon, vers la mer d’Okhotsk. Bien protégée grâce à Sakhaline et à la barrière naturelle des Kouriles fortifiée par les Soviétiques, cette région a une importance stratégique majeure puisqu’elle constitue une brèche dans la chaîne continue des défenses américaines dans le Pacifique septentrional et occidental, et une fenêtre soviétique sur cet océan. Ainsi, les ports de Petropavlovsk au Kamchatka et ceux de Nikolaïesk et de Magadan dans la mer d’Okhotsk connaissent un grand développement.

Dans la région arctique, il est clair que l’établissement de nouveaux ports se fait dans le cadre de l’aménagement de « la route maritime du Nord », dont nous avons déjà parlé. Les Soviétiques disposent d’une nette avance sur les Occidentaux dans la connaissance scientifique des zones arctiques et dans leur aménagement. La route du Nord est administrée par la Direction Générale de la Route Maritime du Nord, qui dépend directement du conseil des ministres, au même titre qu’un ministère, ce qui montre son importance stratégique. De cette direction dépendent : la flotte arctique (composée essentiellement de brise-glaces), les ports, l’aviation polaire de reconnaissance, les stations polaires météorologiques et l’Institut Arctique, qui étudie le milieu arctique, interprète et diffuse les renseignements des stations polaires. Néanmoins, même avec la route maritime du Nord qui relie Mourmansk à Vladivostok et avec le canal Staline qui lie la Baltique à la mer Blanche, les flottes de la Baltique, du Nord et du Pacifique ne peuvent  s’apporter qu’un soutien limité. En effet, le canal Staline permet seulement le passage de bâtiments de faible tonnage comme les sous-marins. De plus, la route maritime du Nord a deux inconvénients : celui de sa longueur (3500 milles) et le fait qu’elle n’est utilisable que d’avril à septembre en raison des glaces.

Pour établir une liaison avec la flotte de la mer Noire, les Soviétiques continuent leur programme de canaux  lancé lors des premiers plans quinquennaux. Par exemple, le canal Don-Volga est achevé en 1952.

Parallèlement au développement des infrastructures nécessaires au déploiement de la marine, l’URSS cherche, dans le même but, à contrôler des régions stratégiques clés dans la mer Méditerranée et dans l’Océan Arctique. Il s’agit en outre d’améliorer la défense maritime de l’URSS.

Ainsi, en juillet 1945, à Potsdam, l’URSS réclame à la Turquie des bases navales dans les détroits de la mer Noire afin de pouvoir contrôler ceux-ci. L’objectif de la manœuvre est de permettre à la flotte de la mer Noire d’avoir un accès plus facile à la Méditerranée et de défendre plus efficacement la mer Noire.

Dans la même optique, les Soviétiques réclament un mandat international en Tripolitaine.

Ces demandes n’aboutissent pas et les pressions exercées sur la Turquie sont en partie à  l’origine du raidissement américain face à l’URSS en 1947.

En 1945, concernant les détroits danois (à proximité desquels l'armée rouge occupe l'île danoise de  Bornholm jusqu'en avril 1946), l’URSS réclame un contrôle international, sans obtenir gain de cause non plus.

Enfin, les Soviétiques lancent des négociations relatives aux îles norvégiennes Spitzberg (ou archipel du Svalbard, l'île principale s'appelant Spitzberg) en vue d’y établir une base militaire,  preuve de leur intérêt  pour l’Arctique et pour la protection de la « route maritime du Nord ». C’est un nouvel échec.

On peut donc dire que les tentatives diplomatiques de l’URSS pour renforcer sa situation geostratégique navale ont échoué.

La scission de Tito en 1948, qui fait perdre à l’URSS un débouché important sur l’Adriatique, l’entrée de la Norvège et du Danemark dans l’OTAN en 1949 et celle de la Turquie en 1952, font qu’en 1953, la situation maritime de l’URSS est nettement moins favorable qu’en 1945.

 

 

CONCLUSION

 

L’URSS raisonne pour les questions maritimes en tant que puissance terrestre. Tout comme l'aviation militaire, la marine n'est qu'une auxiliaire de l’armée de terre, qui reste la pierre angulaire de la doctrine militaire soviétique jusqu'en 1953. Sa doctrine d’emploi résultant, d’une part, de la synthèse des idées de la Jeune Ecole et de la vieille école, et d’autre part, de l’expérience de la deuxième guerre mondiale, elle est avant tout une arme défensive.
Durant la période qui nous intéresse, sa mission principale est d’empêcher un débarquement des forces capitalistes sur les côtes de l’URSS. Les plans de développement de la flotte, l’extension des communications maritimes de l’URSS, sa politique de bases navales ainsi que ses revendications territoriales en Méditerranée et dans l’Arctique obéissent avant tout à cette stratégie maritime défensive**.
Bien que la marine soviétique soit déjà la troisième du monde, elle est encore très inférieure à celle des Etats-Unis et de la Grande Bretagne et reste l’arme la plus faible de l’URSS, loin derrière l'armée de terre et l'aviation.
L'absence d'une marine océanique conjuguée à l'état embryonnaire dans lequel se trouve encore l'aviation de bombardement stratégique***, fait que l'URSS n'a pas, durant la période qui nous préoccupe, les capacités de projection nécessaires pour porter la guerre sur le territoire américain. Sa puissance militaire n'est donc pas encore mondiale, mais reste régionale et continentale.

 

*Staline, contrairement aux officiers supérieurs de la marine, était réticent quant à la construction de porte-avions, nouvelle pièces maîtresses des flottes océaniques en remplacement des cuirassés. Il ne voyait pas leur utilité dans les mers fermées russes, où, selon lui, l’aviation basée sur les côtes pouvait intervenir sans leur concours. Leur construction passait donc largement après celle des croiseurs lourds, chers à Staline.


**Néanmoins, des acquis territoriaux, au-delà de préoccupations défensives, correspondent aussi pour l’URSS à une progression du socialisme dans le monde. Ils peuvent, à l’avenir, constituer les bases d’une offensive révolutionnaire.

 

***A la différence d'une arme tactique, destinée à être utilisée au contact des forces militaires ennemies, une arme stratégique (bombardier stratégique, missile ballistique, etc) a pour objectif de frapper les arrières de l'adversaire, afin d'affaiblir son potentiel de guerre (destruction des centres urbains et industriels, des voies de communications, etc).

 


 

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24/02/2012
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