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Stratégie : mode d’emploi

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Après avoir tenté de définir ce qu’est la stratégie dans un premier article (Qu'est-ce que la stratégie ?), je vais donner ici quelques pistes concernant ses modalités d’application concrètes. En clair, il s’agit de savoir comment élaborer une bonne stratégie.

 

La première chose importante à savoir est qu’il n’existe pas de stratégie unique applicable à toutes les situations. La stratégie n’est ni une doctrine ni une magie, mais une méthode de pensée. Elle permet, après l’analyse du contexte, de choisir les procédés les mieux adaptés pour atteindre l’objectif visé.


 

ANALYSE PREPARATOIRE


 

Sachant que, pour être résolu, tout problème doit être replacé dans son contexte, il est important, pour élaborer une bonne stratégie, de préalablement tenir compte des données suivantes :

- l'objectif visé

- l'environnement dans lequel se déroulera la stratégie

- le rapport des forces entre votre adversaire et vous-même

 

 

1) L'objectif visé

 

Est-il modeste (extension très progressive de la superficie du domaine royal sous les premiers capétiens) ou ambitieux (croisades chrétiennes visant à libérer Jérusalem, en plein territoire musulman) ? Est-il de nature offensive (invasion de l’Italie romaine par Hannibal en 218 av JC) ou défensive (stratégie défensive française de 1939-1940 basée sur la ligne Maginot).


 

2) Environnement

 

L’environnement tient également une grande place dans le choix de la stratégie. Par « environnement », on entend : les acteurs impliqués par votre stratégie et le territoire dans lequel elle s’inscrit.

 

a) Les acteurs

 

Il semble impératif de dresser une cartographie des acteurs, visant à les recenser, à les classer hiérarchiquement en fonction de leur proximité plus ou moins grande avec vous.

Tel acteur est-il votre allié, sympathisant à votre cause, neutre ? Ou alors est-il défavorable ou carrément adversaire à votre cause ? Il est également important de reconstituer les réseaux reliant ces acteurs, de les situer les uns par rapport aux autres (amis, neutres, ennemis, etc).

Cette étude permettra ainsi d'identifier les acteurs pouvant être gagnés à votre cause, ceux qui peuvent être détachés du camp adverse, etc. Conformément aux principes de Sun Tzu, il s'agit au final de passer en revue les possibilités de renforcer son camp en augmentant ses rangs et d’affaiblir celui de l’adversaire en le divisant et en l'isolant.

Une attention particulière doit être portée aux acteurs neutres. Pour avoir ignoré ce paramètre, l’Allemagne a perdu deux conflits mondiaux en faisant basculer les Etats-Unis dans le camp de ses ennemis.

 

b) Le territoire

 

Ces acteurs évoluent sur un territoire, fût-il virtuel (par exemple, les réseaux de communication et d'information tels qu'internet constituent un territoire utilisé par une stratégie de communication). Ce territoire, véritable échiquier, sera aussi le lieu où sera menée votre manoeuvre stratégique.

Il convient donc d'en évaluer correctement l'étendue et les spécificités, afin de les utiliser à votre avantage.

Si l'on prend l'exemple de la guerre du Vietnam, la manoeuvre stratégique Nord-vietnamienne a été menée conjointement sur trois territoires distincts. Le premier, le territoire vietnamien était le théâtre de la guerre elle-même (défense contre les bombardements américains au Nord, et guérilla au Sud). Sur ce territoire, la manoeuvre stratégique devait épuiser moralement l'armée américaine. Le Vietnam, recouvert de jungle, se prêtait particulièrement bien à une stratégie de guérilla au Sud, obligeant les Américains à jouer perpétuellement au chat et à la souris avec le Viet-Cong.

A la périphérie du Vietnam, le Laos, le Cambodge et le Sud de la Chine constituaient un deuxième territoire, sans lequel la guérilla viet-cong et le territoire nord-vietnamien n'auraient pu résister. En effet, le Laos et le Cambodge, non-engagés dans la guerre, servaient de sanctuaires, de bases de repli et d'appui logistique au Viet-cong face aux raids américains*. L'aide logistique soviétique et chinoise passait par la frontière sino-vietnamienne et était acheminée vers le Sud par la piste Hô Chi Minh, le long de la frontière laotienne et cambodgienne.

 

 


Cependant, une guérilla ne peut être gagnée qu'en dehors du terrain des combats, surtout face à un adversaire très puissant. C'est pourquoi, sur un troisième territoire, à l'échelle "monde", les communistes vietnamiens ont cherché, par une stratégie d'influence, à isoler le gouvernement des USA en rendant son intervention militaire illégitime aux yeux de son opinion publique et de celle de ses alliés. C'est pourquoi, par raccourci, on peut dire que les Etats-Unis n'ont pas perdu la guerre dans la jungle vietnamienne, mais sur leurs campus universitaires...

 

 

3) Le rapport de forces

 

"Qui connaît son ennemi et se connaît soi-même, en cent combats ne sera point défait. Qui se connaît mais ne connaît pas l'ennemi sera victorieux une fois sur deux. Que dire de ceux qui ne se connaissent pas plus que leurs ennemis ?" Sun Tzu


Autre facteur clé dans le choix de votre stratégie, le rapport de forces existant entre votre adversaire et vous-mêmes doit être soigneusement évalué. Vos forces et vos vulnérabilités doivent être comparées à celles de votre ennemi (ex : le moral, les moyens humains et matériels disponibles, l'efficacité de l'organisation, la qualité du commandement, la mobilité, etc). Au final - et pour reprendre un concept soviétique -, la "corrélation des forces" vous est-elle favorable ou non ?

 

Bien sûr, il existe des situations où le rapport de forces est globalement équilibré, comme c'était plus ou moins le cas pendant la guerre froide, par exemple.

 

L'analyse de l'importance de l'objectif, de l'environnement et du rapport de forces revient donc à déterminer votre marge de manoeuvre, qui est plus ou moins grande.

 

 

ELABORATION DE LA STRATEGIE


 

En fonction de votre marge de manoeuvre et sachant que le résultat recherché par une stratégie est psychologique (cf l'article Qu'est-ce que la stratégie ?), il faut bien cibler le point décisif à atteindre et le type de stratégie à adopter. La conception d'un plan stratégique sera alors possible.

 

 

1) Le point décisif

 

Le choix du point décisif dépend tout particulièrement des vulnérabilités adverses. Qui veut-on convaincre et quel effet psychologique cherche-t-on à produire ?

 

A ce titre, l'exemple de la deuxième guerre d'Irak est intéressant. Pour contrôler ce pays, le point décisif à atteindre pour les USA n'était pas tant d'obtenir la reddition de Saddam Hussein (une formalité, vu la supériorité de l'armée américaine), mais de convaincre leur opinion publique et leurs alliés de la légitimité de l'invasion (le point le plus vulnérable d'un pays démocratique en guerre est toujours son opinion publique). Si les résultats obtenus auprès des alliés ont été mitigés, ils ont été pleinement satisfaisants auprès de l'opinion publique américaine. En exploitant les peurs et les vulnérabilités des Américains, les médias pro-républicains ont réussi à les persuader que Saddam Hussein détenait des armes de destructions massives et qu'il avait commandité les attentats du 11 septembre...

On peut donc dire que la deuxième guerre d'Irak a d'abord et principalement été gagnée aux Etats-Unis.


Prenons un autre exemple, issu cette fois de la culture populaire : Star Wars. Dans les premiers épisodes, Palpatine, le méchant de l'histoire, agit en véritable stratège pour convertir Anakin Skywalker au côté obscur de la Force. Palpatine prend Anakin sous sa protection dès son plus jeune âge (ce qui n'est pas vu dans les films, mais est suggéré) afin de se présenter à ses yeux comme un mentor, un repère paternel. Par la flatterie et la calomnie, il le détache progressivement de ses amis jedis (et notamment d'Obi Wan), en lui faisant croire que, jaloux de son talent, ils cherchent à le cantonner à un rôle mineur au sein de l'ordre. En dernier ressort, il réussit même à les faire passer pour des traîtres à la République aux yeux d'Anakin. Cependant, ces manoeuvres ne sont pas décisives, il s'agit juste d'un travail de sape, de préparation. En fait, le point de décision est atteint lorsque, utilisant l'amour qu'Anakin porte à Padmé et sa peur de la voir mourir (la plus grande vulnérabilité d'Anakin), Palpatine fait croire au jeune jedi qu'il sauvera sa femme grâce au côté obscur de la Force. C'est ainsi que le gentil Anakin devient l'horrible Dark Vador!

 

 


2) Types de stratégie

 

Il existe deux grands types de stratégie : directe ou indirecte :


- La stratégie directe recherche la décision par une lutte frontale, de préférence sur une durée très courte. Elle est employée si le rapport de forces vous est très favorable et si vous disposez d'une bonne marge de manoeuvre.

C'est l'exemple typique de l'attaque de la Pologne par l'Allemagne nazie le 1er septembre 1939. Il n'a fallu que trois semaines à l'armée allemande pour balayer celle de la Pologne.

Le rapport de forces était en effet rès favorable aux Allemands sur le plan militaire, et ils disposaient d'une bonne marge de manoeuvre (signature du pacte germano-soviétique le 23 août 1939 qui laissait les mains libres à l'Allemagne pour attaquer la Pologne et qui prévoyait son partage entre les deux signataires ensuite). Dans cette affaire, Hitler a cependant fait un mauvais calcul en croyant que,  tout comme en 1938 lors de l'annexion de la  Tchécoslovaquie, la France et l'Angleterre ne réagiraient pas à cette nouvelle invasion. Sa marge de manoeuvre était donc moins grande que ce qu'il avait estimé...

Dans le monde de l'entreprise, l'OPA pourrait  être un exemple de stratégie directe (pour s'emparer d'une entreprise on cherche à contrôler son capital par une attaque brutale  et directe sur son actionnariat).

 

- La stratégie indirecte est surtout employée lorsque le rapport de forces est défavorable et que la victoire par une lutte frontale est impossible. L'idée est ici de rechercher la  décision par des moyens détournés, ou par l'utilisation d'autres acteurs. Par exemple, au billard, si vous ne pouvez pas faire rentrer la boule directement dans le trou, vous pouvez décider de jouer la bande.

La stratégie utilisée par les communistes au Vietnam ou par les Moudjahidines en Afghanistan est un bon exemple de stratégie indirecte. Le but n'était pas de vaincre militairement l'ennemi, trop puissant, mais de le lasser sur le long terme. Pour cela, la combinaison d'une guérilla et de pressions extérieures par alliés interposés aboutit à la démoralisation, à l'usure économique et à l'isolement de l'ennemi. Une guérilla est possible si la marge de manoeuvre est bonne, notamment grâce à un environnement favorable : existence d'alliés pouvant fournir un appui logistique à la guérilla et territoire se prêtant à ce type de conflit, comme la jungle pour le Vietnam ou la montagne pour l'Afghanistan.

Lorsque la marge de manoeuvre est faible, il reste possible d'utiliser une combinaison de pressions diverses, sur le plan politique, économique, diplomatique, sociétal, etc. C'est ce type de stratégie indirecte qu'a employé l'Union soviétique dans l'entre deux guerres, époque où elle était faible et isolée, pour tenter d'affaiblir et de diviser ses adversaires capitalistes, en particulier l'Allemagne, la France et l'Angleterre.

 

 

3) Le plan stratégique

 

Ce plan prévoit une successions d'actions visant, par étapes, à atteindre la décision. De  même que, de façon pyramidale, une stratégie se subdivise en stratégies spécialisées, un plan peut inclure d'autres plans, visant chacun des objectifs plus modestes.(par exemple, la stratégie employée par Palpatine pour convertir Anakin est une subdivision de celle qu'il utilise pour s'emparer du pouvoir).

Notons que le plan doit être élaboré en fonction des réactions possibles de l'adversaire à vos actions. Actions et parades doivent donc pouvoir s'enchaîner de façon fluide, comme dans un combat d'escrime, le but étant de dérouler son plan tout en empêchant l'ennemi de le contrecarrer.

La manoeuvre stratégique qui découle du plan doit donc vous permettre de garder votre liberté d'action au détriment de celle de l'ennemi, ce qui nécessite de toujours chercher à garder l'initiative.

Pour cela, préalablement, le plan stratégique doit, être souple et adaptable, ce qui peut conduire à y inclure, de façon arborescente, des actions ou des scénarios alternatifs.

Cette souplesse est d'autant plus nécessaire qu'il existe un facteur pouvant mettre par terre toute votre stratégie : la variabilité de l'environnement et du rapport de forces... En effet, pendant que vous mettez en application votre plan stratégique, le monde continue à tourner... Par exemple, au cours des opérations, tel acteur, neutre jusque-là, peut se ranger dans le camp adverse, et donc renforcer ce dernier à votre détriment. L'incertitude est donc au coeur de la stratégie, qui doit donc s'appuyer sur des hypothèses, sur un éventail de possibilités, et non sur des dogmes et des règlements. Dans ce monde incertain et mouvant, la place du renseignement et de la prospective est donc primordiale.

 

 

Si l'on essayait de reconstituer le plan stratégique conçu par Palpatine pour s'emparer de la galaxie, cela pourrait donner à peu près ceci :

 

- Objectif : s'emparer de la galaxie

- Contexte :

  • Avantages : ses ennemis, ne savent pas qu'il est un seigneur sith. De plus, la démocratie est affaiblie (corruption, etc). Palpatine dispose donc d'une grande marge de manoeuvre, car il avance masqué et a donc toute latitude pour agir dans l'ombre. 
  • Inconvénient : le rapport de forces lui est défavorable; il est n'est pas en mesure d'engager un combat frontal avec l'ordre jedi.

- Point décisif à atteindre : se poser en sauveur aux yeux des responsables politiques et décourager des opposants potentiels en discréditant et en détruisant l'ordre jedi. Ce dernier est en effet l'unique acteur majeur que Palpatine ne peut contrôler, et qui aurait assez de puissance et de légitimité pour cimenter une opposition autour de lui.

 

- Pour cela, Palpatine choisit une statégie indirecte sur le long terme :

 

Etape 1 : Manoeuvres préparatoires (objectif : contrôler en sous-main les institutions de la République et préparer une future guerre civile) :

  • noyautage lent et progressif des institutions de la République, dont le Sénat, en profitant de l'affaiblissement de la démocratie, déjà latent. Pour cela, il identifie les acteurs susceptibles de rejoindre son camp (la fédération du commerce, par ex), ceux qu'il peut isoler (le chancelier Valorum, par ex), diviser, etc.
  • accès au poste de Chancelier. On ne sait pas trop pourquoi Palpatine voulait que la fédération du commerce s'empare de Naboo, mais il profite de l'évasion de la reine Padmé Amidala et de sa venue à Coruscant pour se faire élire chancelier (son influence au Sénat a dû commencer à porter ses fruits à ce moment-là). Cette manoeuvre montre la souplesse du plan de Palpatine, qui a su tirer partie de cet imprévu...
  • création en secret d'une armée de clones, conditionnée pour qu'il soit le seul à pouvoir la contrôler en dernier ressort (cf l'ordre 66).
Etape 2 : déclenchement d'une guerre civile (but : affaiblir l'ordre jedi et tous ceux qui pourraient s'opposer à lui, renforcer son contrôle sur la République)
  • Création d'un camp séparatiste (incluant des acteurs qui risquaient d'être des rivaux pour lui), qu'il manipule  et contrôle grâce à son disciple sith, Dokuu.
  • Palpatine et Dokuu, poussent chacun leur "camp" à la guerre
  • Palpatine profite de la guerre pour commencer à se forger une image de sauveur et pour se faire attribuer par le Sénat de nouveaux pouvoirs, soi-disant provisoires
  • L'ordre jedi est obligé de disperser ses membres dans toute la galaxie pour combattre les forces séparatistes, ce qui le vulnérabilise. D'autant plus que la guerre provoque la mort d'un certain nombre de jedis

Etape 3 : discrédit et destruction de l'ordre jedi (objectif : prise du pouvoir)

  • Conversion d'Anakin. Cela représentait un risque pour Palpatine, mais un risque calculé, vu qu'il avait préparé cette conversion de longue date et avec une grande minutie. Pour qu'il accepte de prendre un tel risque, il fallait vraiment qu'Anakin représente pour lui une pièce maîtresse de l'échiquier.
  • prise du quartier général jedi sur Coruscant et assassinat par les clones des chefs jedis dispersés dans la galaxie (ce qui montre que Palpatine a su tirer profit des spécificités du territoire - ici, la galaxie -, notamment son immensité ). Palpatine fait croire à une tentative de coup d'Etat des jedis.
  • Assassinat des chefs séparatistes, qu'il avait d'abord fait isoler de leurs troupes en les poussant à se réfugier sur la planète volcanique Mustaphar.

Se posant en sauveur, celui qui a su mettre fin à la guerre (facile, il contrôlait les deux camps!) et déjouer le complot jedi n'a plus aucun mal à se nommer lui-même empereur, sous les applaudissements d'un Sénat qui, de toutes façons, lui était déjà largement acquis.

On voit donc bien comment Palpatine a su prendre et garder l'initiative tout au long du processus. Du début de l'épisode I à la fin de l'Episode III, les jedis n'ont fait pratiquement que subir et réagir à des évènements provoqués directement ou indirectement par leur ennemi.

Et, grâce à son plan, Palpatine a progressivement accru sa liberté d'action tout en restreignant celle de ses adversaires, jusqu'à les isoler et à les rendre complètement impuissants.


CONCLUSION

La stratégie n'est pas une doctrine mais une méthode de pensée permettant  d'analyser une situation, de choisir des moyens et d'ordonner leur mise en oeuvre  en vue d'un objectif. Elle exige d'accorder une place aussi importante à la préparation qu'à l'exécution. Le raisonnement stratégique exige donc une bonne capacité d'analyse et de synthèse, de même qu'un esprit froid et calculateur.
S'inscrivant dans un contexte mouvant et incertain, la conception et la mise en oeuvre d'une stratégie exigent de la souplesse  et de l'adaptabilité. De ce fait, la stratégie n'est pas une science, mais un art.

Même si elle n'utilise pas toujours la lutte frontale, "sanglante", une stratégie sert toujours une logique de puissance. 

Comment augmenter sa puissance ou comment la conserver ? Telle est la question à laquelle une stratégie répond.

 

 

 


 

 

 

* Actuellement, pour les Talibans, c'est le Pakistan qui joue ces rôles...

 

 

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22/12/2010
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